La scène (type 1) : Dispositif centré sur l'enseignement et caractérisé par la médiatisation de ressources textuelles

Un exemple issu du terrain : le dispositif d’Eric, enseignant chercheur entre 11 et 20 ans d’expérience d’enseignement.

Il s’agit d’un cours de statistiques de niveau Bachelor qui se déroule dans une salle informatique spécialement équipée à la demande d'Eric pour cet enseignement. Chaque étudiant dispose d'un ordinateur sur lequel il réalise les exercices demandés. Chacune de ces machines est reliée à celle de l'enseignant. Celui-ci peut ainsi prendre le contrôle de n'importe quel ordinateur et en projeter le contenu afin de commenter le travail effectué .

Le cours est organisé exclusivement autour des séances présentielles et aucune activité à distance n'est scénarisée. Entre les séances, les étudiants téléchargent les feuilles d'exercices mises à leur disposition dans l'environnement numérique de travail et en prennent connaissance avant de réaliser le travail demandé en présentiel. Eric effectue ensuite les corrections de la manière suivante :

« on va commenter la pratique et dans cette salle je peux prendre par exemple l’image d’un des étudiants et la projeter à tout le monde…pour commenter l’erreur ou un élément qui est bien » .

Par ailleurs, il utilise peu d’outils de communication et de gestion par crainte d’entraver l’apprentissage de la matière. Il explique ainsi que

« la multiplicité des outils va en progression avec le cursus ».

Ce qui relève de la liberté offerte aux étudiants et de l’ouverture du cours à des acteurs externes diffère également, selon Eric, en fonction des différents niveaux d’étude  :

« au niveau master [c’est] plus ouvert et au niveau école doctorale j’ai des intervenants externes ».

Eric souhaite que l'aspect magistral de son cours perde de son importance. Pour ce faire il essaie de susciter le plus d'interactions possibles avec ses étudiants. Le dispositif architectural (une salle informatique et non un amphithéâtre) et technique (une machine par étudiant) mis en place favorise l'atteinte de cet objectif.

Bien que le cours soit évalué par les étudiants , ces derniers n’ont que peu d’influence sur l’organisation de l’enseignement qu’ils reçoivent car ils n'expriment leur avis qu'à l'issue de l'année académique. Selon Eric, le temps passé lors des séances à discuter avec les étudiants autour des difficultés qu’ils rencontrent suffit à les accompagner dans leurs apprentissages. Pour lui, les étudiants ne sont pas demandeurs d’aide complémentaire .  

Eric se montre satisfait de l'organisation actuelle de son cours (dépôt et retrait des fichiers Excel dans l'environnement numérique, exercices sur ordinateur en salle de cours, correction collective, etc.). Il apprécie de constater que ces étudiants sont ainsi plus actifs. Eric met l'accent sur le travail réalisé lors des séances présentielles car il pense qu'il ne faut pas exiger des étudiants un travail personnel trop important en dehors des cours, compte tenu de leurs horaires déjà chargés en première année.

De plus, il exprime son souci de ne pas noyer ses étudiants sous une masse trop importante de ressources complémentaires et a volontairement choisi de limiter les documents – des ressources à dominante textuelle— au strict nécessaire pour le suivi du cours et l'accomplissement des exercices . Il n’y a pas ou peu d’accompagnement des apprentissages car il a constaté que les étudiants de première année parvenaient difficilement à structurer le cours face à l’abondance d’éléments apportés par les enseignants.

Les étudiants sont souvent amenés à travailler en groupe, chaque étudiant étant chargé de résoudre une partie d’un même problème . Eric considère que les étudiants sont plus actifs en travaillant de cette manière.

  Son souci de « mieux faire passer la matière » le conduit à chercher de nouvelles approches pour la transmission des contenus d'enseignement . Par exemple, après être passé par une utilisation intensive de PowerPoint, Eric est revenu à l’écriture au tableau considérant que la prise de notes favorise l’apprentissage :

« Si par exemple je dois commenter une formule...si par exemple je projette la formule et je commente la formule, c'est beaucoup moins fort que si j'écris la formule et qu'ils l'écrivent et qu'on passe du temps après en ressortant visuellement certains éléments ».

Dans ce cours, l'adoption d’une méthode d’enseignement sans l’emploi de moyens multimédia ne reflète pas la globalité de la pratique d'Eric et n’est donc pas le signe d’un rejet des technologies mais plutôt d’une réflexion qu’il mène autour de sa pratique et du processus d’apprentissage de ses étudiants.